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Rapprochement entre Renault et Fiat-Chrysler: vers la création d’un géant de l’automobile

Coup de tonnerre dans le monde automobile! Renault a annoncé lundi qu’il allait étudier avec intérêt l’ambitieux projet de fusion que lui a présenté le même jour Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et qui donnerait naissance au troisième constructeur automobile mondial.

Le groupe italo-américain a remis une lettre non engageante au conseil d’administration de Renault proposant un rapprochement dans le cadre d’une fusion qui verrait les actionnaires des deux groupes détenir chacun 50% du nouvel ensemble.

En conjuguant leurs forces, Renault et FCA donneraient naissance au troisième constructeur mondial derrière Volkswagen et Toyota, avec des ventes annuelles de 8,7 millions de véhicules, permettant d’importants gains d’échelle pour tout investissement réalisé en commun.

L’alliance de Renault avec ses partenaires japonais Nissan et Mitsubishi occupent toutefois déjà la première place sur le podium mondial.

“Une collaboration étendue au travers d’un rapprochement permettrait d’améliorer substantiellement la stratégie d’allocation de capital ainsi que la rapidité du processus de développement de nouveaux produits”, a déclaré Fiat Chrysler dans un communiqué.

Le conseil d’administration de Renault, qui s’est réuni lundi matin, a décidé “d’étudier avec intérêt l’opportunité d’un tel rapprochement, confortant l’empreinte industrielle du groupe Renault et générateur de valeur additionnelle pour l’alliance.”

Dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion, il a ajouté qu’il communiquerait en temps voulu le résultats de ces discussions.

Le projet présenté par FCA prévoit la fusion des deux groupes au sein d’une société-mère de droit néerlandais. Après versement aux actionnaires de FCA d’un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d’euros afin de rééquilibrer la valeur des deux groupes, chacun d’entre eux recevrait 50% du capital de la nouvelle entité en actions nouvelles.

“Le nouvel ensemble (…) serait l’un des leaders mondiaux de technologies dédiées aux véhicules électriques, de marques premium, de SUV, de camions et de véhicules utilitaires, et bénéficierait d’une présence mondiale avec une répartition géographique plus étendue et plus équilibrée que chacun des deux groupes seuls”, a ajouté FCA.

Ce projet pourrait avoir des répercutions importantes sur l’alliance de Renault avec Nissan et Mitsubishi, fragilisée par l’arrestation de son ancien président Carlos Ghosn.

Mais la course à l’électrification, le durcissement des normes d’émission et les investissements considérables requis par les voitures autonomes et connectées font qu’il est de plus en plus difficile pour un groupe automobile de faire cavalier seul.

FCA attend ainsi quelque cinq milliards d’euros d’économies annuelles du projet, qui viendraient s’ajouter aux synergies actuelles de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

Plusieurs sujets épineux demeurent, notamment celui de la gouvernance. Le nouveau groupe serait présidé par John Elkann, président de la holding de la famille Agnelli Exor, qui contrôle 29% de FCA, ont dit à Reuters des sources proches du dossier. Selon une d’entre elles, le président de Renault Jean-Dominique Senard deviendrait probablement directeur général.

Un montage FCA-Renault, comme bon nombre d’autres combinaisons, a déjà été étudié par des banques d’affaires. Mais, selon des sources bancaires, les relations acrimonieuses entre Carlos Ghosn, homme fort de Renault jusqu’à sa disgrâce judiciaire à l’automne, et Sergio Marchionne, administrateur délégué historique de FCA décédé en juillet dernier, avaient rendu toute discussion constructive impossible.

L’Etat français, principal actionnaire de Renault avec une participation de 15%, a accueilli lundi de façon “assez favorable”, le projet de fusion FCA-Renault, estimant qu’il était bon pour l’Europe d’avoir des géants industriels européens.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a précisé qu’il fallait néanmoins encore étudier en détails les modalités du rapprochement.

Une source gouvernementale a souligné de son côté que Paris serait “particulièrement vigilant concernant l’emploi et l’empreinte industrielle”, et que tout accord entre Renault et FCA devait également préserver l’alliance avec Nissan.

Le vice-président du Conseil, Matteo Salvini, a déclaré que son gouvernement soutenait ce projet et qu’il était favorable à l’emploi.

“Le développement de Fiat Chrysler est une bonne nouvelle pour l’Italie (…), je compte bien que cette brillante opération permette de préserver l’emploi et de créer un géant automobile européen”, a-t-il souligné lundi lors d’une conférence de presse.

Le sujet est particulièrement sensible en Italie, la plupart des usines européennes de FCA tournant à l’heure actuelle à moins de 50% de leurs capacités.

“Le marché, échaudé par les promesses du passé, sera très prudent sur les chiffres de synergies parce qu’il n’y a pas une seule fusion d’égaux qui ait jamais fonctionné dans l’automobile”, relativise toutefois Arndt Ellinghorst, analyste chez Evercore ISI, dans un e-mail.

(source: Reuters)

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